Par Jean-Benoit Arvis, membre du conseil scientifique de la Fondation Concorde

Qu’est-ce que le FCAS ? Le Système de Combat Aérien du Futur, appelé en anglais Future Combat Air System (FCAS) est un projet d’avion de combat de sixième génération franco-germano-espagnol. La principale évolution par rapport aux chasseurs de cinquième génération comme le F-35, outre une furtivité plus importante, est l’intégration de l’avion au sein d’un système de combat plus large, intégrant une flottille de drones d’appui, un “cloud de combat” avec partage de données en simultané et des armements plus “intelligents”.
Le projet, lancé en 2017, semble aujourd’hui à l’arrêt (1) avec la menace de l’Allemagne et de l’Espagne de sortir de l’accord. La répartition des rôles sur le projet, notamment entre Airbus (représentant l’Allemagne) et Dassault (représentant la France) est aujourd’hui le blocage central. Alors que les américains et le consortium anglo-italo-japonais GCAP, concurrents du FCAS, continuent d’avancer, pourquoi la coopération franco-allemande semble-elle à l’arrêt ?
La coopération multinationale, un impératif pour les programmes d’armement européens ?
Le FCAS présente un problème assez intéressant. En fait, la France pourrait presque réaliser seule le projet, puisque les composantes les plus critiques sont tricolores : moteur Safran, électronique de bord Thalès, drones et missiles conçus par MBDA et conception de l’avion de combat par Dassault Aviation.
Mais l’ombre du Rafale plane. Dans les années 1980, la France se retire du programme européen qui donnera naissance à l’Eurofighter pour concevoir le Rafale à la place. Un avion techniquement brillant, mais qui aura mis presque vingt ans à obtenir ses premières commandes à l’export (avec l’Inde en 2013). La logique d’un programme commun est simple : au vu des coûts fixes massifs d’un tel projet (100 milliards d’euros (2) pour le FCAS), il vaut mieux amortir avec le plus grand nombre de commandes possibles dès le départ.
Ainsi le FCAS, successeur du Rafale et de l’Eurofighter, est pensé au départ comme un programme tripartite, au grand dam de Dassault Aviation qui aurait préféré être seul maître à bord. Selon les propos rapportés par le Financial Times et Le Monde, l’industriel français refuserait aujourd’hui la répartition initialement prévue du travail entre les pays du consortium, d’où le blocage actuel.
Mieux vaut être seul que mal accompagné ?
Deux stratégies sont possibles pour la France et Dassault Aviation aujourd’hui.
La première, faire le FCAS seuls et sans commandes à l’export immédiates garanties, et donc des coûts fixes plus importants et un prix plus élevé à payer pour les armées françaises alors que la situation budgétaire inquiète de plus en plus.
Dans cette option, Dassault peut très bien arguer de la possibilité de cibler des marchés étrangers par la suite. En effet, beaucoup d’états apprécient l’armement français, qui ne les lie ni à la Chine ni aux Etats-Unis et vient avec peu voir pas de restrictions d’utilisation, d’autant plus que l’armement russe est moins crédible suite à ses performances pendant la Guerre en Ukraine. L’Indonésie, le Brésil, l’Inde (si leur propre programme ne décolle pas), les pays du Golfe ou certains autres pays d’Amérique latine seraient sans doute intéressés.
Mais il y a le problème de l’attente. Dans le cas du Rafale, il a fallu attendre deux décennies que les performances lors des conflits en Afrique et au Moyen-Orient convainquent des acheteurs étrangers.
Deuxième stratégie, accepter de partager le travail avec l’Allemagne et l’Espagne, sécurisant plus de commandes dès le départ et pouvant donc offrir l’avion moins cher. Ce scénario présente néanmoins une perte de valeur industrielle en France et aussi l’exposition aux règles d’exportation d’armement plus strictes de l’Allemagne (qui a récemment menacé de bloquer la vente d’Eurofighter à la Turquie pour des motifs de droits de l’homme).
Un choix cornélien
Les dirigeants français et allemands se donnent jusqu’à la fin de l’année 2025 pour arriver à un accord. Difficile de prévoir quelle sera la stratégie retenue, mais le choix sera majeur. Soit, en faisant seule le FCAS, la France maintient son indépendance sur les armements, une particularité qui nous permet aussi de faire preuve d’indépendance vis-à-vis de Washington depuis les années 1960 mais à un coût de plus en plus prohibitif. Soit, en acceptant le FCAS, la France prend le pari d’une souveraineté de la défense au niveau européen, dont l’aboutissement reste encore incertain.
Sources
(1) Financial Times (2025), Germany considers dropping France from flagship fighter jet project
(2) Le Monde (2025), Dassault Aviation : le scalp du SCAF
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