Par Jean-Benoit Arvis, membre du conseil scientifique de la Fondation Concorde

Début 2025, Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche, déclenche une guerre commerciale mondiale avec de nouveaux droits de douane visant notamment les produits industriels et agricoles européens. Après plusieurs annonces contradictoires et cycles de négociations, le président Trump et Ursula von der Leyen ont signé un accord en juillet 2025 prévoyant des droits de douanes unilatéraux de 15% sur une partie des exportations européennes, ainsi qu’un engagement européen d’achat d’hydrocarbures américains à hauteur de 700 Md€.

Le taux effectif moyen de droit de douane payé par les exportations françaises aux Etats-Unis est donc de 15,34 % à ce jour (moyenne qui prend en compte les autres droits de douane pré-existants à l’accord).

Néanmoins, la dépendance commerciale française aux États-Unis reste modérée : seules 8,2 % de ses exportations y sont destinées, contre plus de 22 % pour l’Allemagne et 30% pour l’Irlande, pays de l’UE le plus dépendant des exportations vers les Etats-Unis (plus de 30% du total). Résultat : là où l’impact pour le PIB français devrait être de 0,25 points en 2025, il sera de 0,4 points pour l’Allemagne

La structure du commerce France–États-Unis offre une certaine protection, même si les industries du luxe sont exposées

En fait, derrière cette résilience se cache le fait que les échanges franco-américains reposent sur une structure équilibrée et finalement assez homogène. 

En 2024, la balance commerciale se décompose de la façon suivante, pour un total de 171,6 Md€ d’échanges entre les deux pays. 

Le solde d’ensemble est en faveur de la France, légèrement excédentaire de 11,8 Md€. Les États-Unis sont son deuxième client et son troisième fournisseur. Néanmoins, si l’on exclut les services (qui incluent notamment le tourisme des américains en France) et qu’on ne regarde que les biens, la France est en fait légèrement déficitaire (4,3 Md€) en 2024 par rapport aux Etats-Unis.

Par ailleurs, le détail des flux croisés de bien montre une structure bilatérale des échanges assez similaire, ce qui explique que la dépendance française aux Etats-Unis est plus faible que celle de l’Allemagne, et donc que les droits de douane du président Trump nous menacent moins. 

Ainsi, les principaux secteurs exportateurs de biens français sont l’aéronautique (19 % du total), boissons (8 %) et pharmaceutique (8 %) tandis que la France importe surtout des USA des produits aéronautique (21 % du total), des hydrocarbures (20 %) et des produits pharmaceutiques (9 %).

Cependant, le luxe et les spiritueux constituent une zone de vulnérabilité pour les exportations françaises. Les exportations de vins pourraient reculer de près de 800 millions d’euros, malgré la faible élasticité-prix qu’on associe habituellement aux produits de luxe. 

Ne pas s’endormir en attendant que la tempête passe

À court terme, même si l’impact de PIB semble gérable, il y a des chances que le solde commercial total franco-américain revienne à l’équilibre voire passe à l’avantage des Etats-Unis, du fait (1) de la baisse des exportations de luxe française à cause des droits de douane (2) des achats d’hydrocarbures plus importants auxquels s’est engagé l’UE et (3) le renforcement de l’euro vis-à-vis du dollar pourrait décourager les touristes américains, réduisant le solde positif des services. 

D’autant que le solde des produits pharmaceutiques pourrait évoluer aussi en défaveur de la France. Si certains génériques sont exclus des droits de douanes appliqués par les américains, d’autres produits les subissent. D’autant que Donald Trump a évoqué des mesures de réduction des prix des produits pharmaceutiques sur le marché américain, ce qui pénaliserait le montant des ventes des acteurs français qui exportent vers les Etats-Unis.

Il y a aussi un effet de ricochet. Près de 60 % de notre commerce extérieur est réalisé avec la zone euro, ce qui amortit le choc venu d’outre-Atlantique mais nous expose indirectement au ralentissement de nos partenaires européens, notamment l’Allemagne ou l’Italie. Par ailleurs, la Chine, confrontée à sa propre perte de compétitivité sur le marché américain (et à une surcapacité industrielle sur beaucoup de ses industries nationales), pourrait rediriger ses flux vers l’Europe, accentuant la pression concurrentielle.

Conclusion : en revenir à la question de la compétitivité

Ainsi, la France s’en sort mieux que d’autres pays européens (Allemagne et Irlande en tête), mais cette résistance ne doit pas masquer certaines faiblesses. Déjà, notre solde commercial sur les produits agricoles n’a cessé de se détériorer depuis plusieurs années alors que nous sommes historiquement un des plus grands pays d’exportation. D’autant que nous gardons une dépendance technologique et – de plus en plus – énergétique forte vis-à-vis des Etats-Unis. Enfin, nous ne pouvons pas réfléchir uniquement au niveau national mais devons aussi prendre en compte la santé économique de nos principaux partenaires européens.

Il y donc urgence à renforcer la compétitivité française et européenne, à la fois sur la production à des coûts compétitifs mais aussi sur l’innovation. Au niveau européen, ceci passe par une vraie stratégie industrielle plutôt que par une approche centrée uniquement sur les normes. Au niveau français, ceci passe par une interrogation sur notre coût du travail, nos infrastructures de transport et notre capacité d’innovation.


Autres sources :

  • Les Échos Études (2025), « Hausse des droits de douane : quels impacts sur le PIB ? »
  • Center for Global Development (2025), « US Tariff Tracker : Measuring Effective Tariff Rates »
  • Le Lab Bpifrance (2025), « Trump 2.0 : quelles conséquences pour les entreprises françaises ? »
  • France 24 (2025), « Taxes douanières : Donald Trump relance la guerre commerciale »

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